La nature à l’ origine de toute chose

 Elisa Routa

Journaliste, rédactrice, photographe

Décembre 2020

  

C’est une histoire de danse comme expression du corps et de l’âme, une histoire de sensations.

C’est une histoire de souffle aussi, un vent, un volcan qui exulte pour prendre forme, puis prendre vie.

L’artiste multidisciplinaire Virginie Hucher vit la nature comme un lieu de transformation, elle y fonde et construit le langage esthétique de chacune de ses oeuvres. En dessinant d’abord sur le sable, la neige ou la terre, elle met en mouvement son corps dans l’espace. Par impulsion et nécessité, elle y laisse son empreinte, spontanée et éphémère. Son corps de danseuse devient celui d’une artiste, plus petit que sa création.

Sa série Supports Vivants est l’humble résultat de cette immersion.

L’atelier se charge ensuite de la reconversion. C’est alors le phénomène inverse qui se produit; une mutation à l’échelle du carnet afin de ressaisir l’authenticité d’une rencontre au contact des éléments naturels. Là, la forme se rétrécit. Qu’ils prennent l’apparence de la peinture, la sculpture, la céramique, le dessin ou le collage, les travaux de Virginie Hucher trouvent leur source dans la nature. Des grands espaces à la toile, d’un sol vierge au papier, du macroscopique au microscopique, les compositions de l’artiste retracent un parcours, un voyage, une itinérance, une réflexion d’envergure. La circulation de ses mains et la répétition des formes rondes invitent à faire entrer l’extérieur à l’intérieur. Bien que ses tableaux se composent d’une extrême simplicité, ils n’en sont pas moins le fruit d’un travail de contemplation, de performance, de recherches et de retranscription du monde réel à travers une esthétique abstraite. Ainsi, l’équilibre absolu entre des formes organiques ou géométriques, des lignes courbes ou droites, des tons chauds ou pales, rendent comptent d’une harmonie épurée.

Par le biais de mouvements fluides, Virginie décrit de larges surfaces, rappelant les peintures murales de Matisse. Son audace gestuelle donne du relief aux formes créées qui, sur la toile, semblent vibrer. Les coups de pinceaux attestent de l’énergie du corps et convoquent le bras qui les a donnés. Les traits, comme des cicatrices, traduisent sa tentative de poser une nouvelle fois un regard plus serré sur un écosystème naturel.

Sans concurrence entre elles, aux couleurs naturelles qui composent la palette de l’artiste — l’ocre, le vert, le bleu, le blanc et le jaune — répondent des lignes adoucies. Ses formes primitives témoignent, dans son approche artistique, de la prédominance de l’organique sur le mécanique. De là, une impression de quiétude en ressort. A l’image de l’alliance complémentaire entre deux disciplines, d’un côté la boxe initiée par son père, de l’autre la danse transmise très jeune par sa mère, le spectateur assiste à une force à la fois puissante et paisible.

Les travaux de Virginie Hucher révèlent une quête d’équilibre ainsi qu’une volonté d’union perpétuelle entre la terre et le ciel, le vide et le plein, inspirée des grands principes taoïstes.

Mais, à l’origine de toute chose, il s’agit surtout d’une histoire de symbiose et de cohabitation entre le corps et l’esprit.

Lorsque le souffle devient volcan, lorsque la nature sauvage se faufile sous ses pieds et qu’une forme nouvelle se crée, les Histoires Naturelles se métamorphosent en Paysages Pluriels. C’est alors seulement qu’elles tapissent nos mémoires.