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Corporéité

Mélanie Ohayon

Directrice de projet artistique, commissaire d’exposition, directrice/fondatrice Galerie Pop Up 

mai 2017

 

La galerie Pop up Amiens, conçue et dirigée tel un projet éphémère par Mélanie Ohayon pendant trois ans, a privilégié les artistes émergents et a exploré le langage artistique à la croisée de plusieurs univers. Sans limites de genres ou de médiums, dans le cadre de sa programmation, les artistes présentés par la galerie partageaient une esthétique combinant les codes de l’art contemporain à ceux des subcultures.

La galerie a accompagné ses artistes par le biais de projets tels résidences, expositions, foires internationales, hors les murs... En marge d’une programmation reposant sur les grands noms de l’art contemporain, la galerie Pop up a mis l’accent sur la jeune création, les découvertes artistiques et esthétiques.

Basée sur la rencontre entre artistes régionaux et nationaux, témoigner de la vitalité de la scène artistique, susciter la création d’œuvres plastiques telle était l’ambition de la galerie Pop up. Dans ce sens, la ligne artistique choisie a privilégié des choix esthétiques singuliers et actuels avec le travail d’artistes comme entre autres Mathieu Roquigny, Jimmy Ruf, Sylvain Barberot, Virginie Hucher, Dominique De Beir, Elzo Durt, Qubo Gas, David Mesguich ou encore Sinyoung Park.

La galerie a accompagné les publics vers de nouvelles explorations esthétiques tout en visant à une démocratisation des formes d’Art. Au plus prés des décalages artistiques, le public a pu expérimenté les arts d’aujourd’hui lors d’expositions, de débats, de rencontres et d’ateliers. 

 

De l’esthétisation en peinture de la Renaissance en passant par la violence des actionnistes viennois, la figure humaine, le corps est à l’origine de la fascination artistique. Parfois absent, parfois présent, c’est la corporéité même qu’interroge le travail de Virginie Hucher. Peinture, moulage, photographie, les explorations sont multiples. Les enveloppes charnelles sont vidées de leur « substance ». Elles deviennent universelles sans aucune individualité : chauves, semblables les unes aux autres, bouche béante. L’âme s’est soustraite de ce douloureux corps contraint par une posture imposée ou subie. A l’image des corps contorsionnés de Berline De Bruyckere, Virginie Hucher nous livre une représentation très brutale du corps, déstructuré à outrance dans la série le corps chorégraphié, déshumanisé dans les figures imposées. Bien que ces corps semblent vides, une très grande souffrance dans la posture se ressent, une solitude, un mal voulant s’extirper de ces enveloppes corporelles. A l’instar de certains artistes dans les années 60 interrogeant les limites du corps, le considérant comme un simple réceptacle, Virginie Hucher continue dans cette lignée à travers un travail de décortication du corps. En volume l’artiste le réduit en morceaux, en peinture il « disparaît ». Cette chirurgie méticuleuse l’assassine petit à petit bien que l’esthétique soit séduisante. De grands aplats de peinture contrastés attirent le regard. Serait-il possible que ce ne soit que des corps? Peut-on leur attribuer de quelconques sentiments ? Loin de la multiplicité de l’être formalisée par les théories freudiennes, le corps est restreint à sa simple matérialité. Difficile à admettre pour l’être complexe que représente l’humain. Décharné, désarmé, vidé, il est réduit à sa plus grande peur, son éphémérité.

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